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Quand les premiers chemins de fer furent lancés sous le Second Empire, la promesse du progrès ainsi énoncée n'était en rien prise au sérieux : on pensait que la force-cheval serait ad vitam aerternam la seule valable. Les détracteurs du train de cette fin du XIX° siècle, furent bien sûr démentis par l'avenir : le train fut l'avancée technologique la plus remarquable, bien avant l'automobile. Nul ne pensa alors à souligner combien ce train pouvait "faire les territoires", les rendre plus accessibles à tous. Quoique le plan en étoile, avec en son centre Paris, eût fortement modifié le paysage français encore plus centralisé, les trains donnèrent à chaque citoyen le loisir de se déplacer, de découvrir un monde en perpétuelle transformation de rencontrer d'autres citoyens qu'ils soient Bretons, Provençaux ou Alsaciens. Les deux guerres mondiales n'y changeront rien, bien au contraire. Après 1945, le maillage ferroviaire de l'hexagone était tel que pour se rendre, par exemple, à Sauveterre-de-Béarn on prenait le train à Pau : cette ligne, aujourd'hui supprimée, permettait aux Béarnais de cette contrée, d'aller et venir à moindre frais. La période récente a hélas vu nombre de ces lignes dites "secondaires" disparaître. Il s'en est suivi un abandon partiel des lignes d'importance, comme celle allant de Pau à Lourdes, traversant La Vath-Vielha (la vallée de Nay) ou celle rejoignant Arudy et Laruns, en Vallée d'Ossau. Cet abandon récent a provoqué l'emploi massif de l'automobile consommatrice de carburant, et polluante ; surtout, il a "défait" ce qu'un siècle de réseau ferroviaire avait fait. Ce "défaire" est aujourd'hui, catastrophique à plus d'un titre : économique, écologique et culturel. La désertification des campagnes béarnaises en est une des conséquences les plus dramatiques. Un seul exemple : est-il normal de voir la gare de Coarraze-Nay menacée de disparition alors qu'elle joue un rôle essentiel pour un bassin de vie de plus 40 000 personnes ? Il en va de même bien sûr pour celle d'Artix ou celle d'Orthez. Le train est certes redevenu à la mode du développement durable, du respect de l'environnement, mais a-t-on réellement pensé aux populations concernées qui se voient parfois dans l'obligation de faire plus de 30 km pour prendre le T.G.V. ? Je crains fort que non. Il me semble que le réseau ferroviaire est la métaphore du sang, et des veines qui le transportent : en arrêter la circulation provoque de graves atteintes, parfois irrémédiables au corps social. Au territoire. C'est pour cette raison que toute ligne ferroviaire doit être défendue : celle entre Bayonne via Pau et Tarbes qui passe à Orthez, Artix, Nay et Lourdes encore plus car elle est la démonstration de l'efficacité économique, sociale et culturelle du train.
Atau qu'ei e qu'ei atau,
Sèrgi Javaloyès
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